Les personnages secondaires : Jeremiah Burke

Charles Vane, Samuel Bellamy, Ruth Wolff, Jack Rackham, Benjamin Hornigold, Galway, etc… Des noms bien connus par les lecteurices du tome 1. Des personnages centraux, au même titre que nos proches, amis, famille, collègues… qu’on a appris à aimer ou détester.
Ce qui est intéressant, c’est de parler des autres. Ceux qui croisent notre route pour un jour, pour six mois, et disparaissent. Celles qui nous laissent un souvenir marquant, un visage, une phrase qui a résonné en nous. Ceux qui nous ont appris des choses qui nous survivront bien après notre mort. Celles qu’on connaît à peine, mais que déjà, on sent destinées à prendre une place prépondérante dans nos vies.
C’est de tous ces gens dont je vais vous parler pendant quelques semaines. Des personnages que vous avez croisé dans le tome 1, que vous reverrez, ou pas, mais qui d’une manière ou d’une autre, ont une histoire à raconter, comme tout un chacun.

Jeremiah Burke

C’est peut-être ce qu’il y a de plus admirable dans notre métier. Cette faculté à travailler en équipe pour la survie de tous, en dépit de tout le reste.

Il navigue depuis qu’il a 14 ans. Quand il rencontre Ruth sur l’Anglesea, il en a 45. C’est un des plus vieux du bord.
Il vient d’un milieu modeste, fils d’un trévier (ancien nom du voilier) et d’une domestique. Enfant, il apprend le métier de voilier avec son père. Il fait un premier embarquement en tant que mousse, car son père, qui souhaite le voir reprendre son affaire, veut qu’il navigue un peu pour comprendre en pratique le comportement des voiles en mer.
Mais Jeremiah prend goût au métier, malgré les brimades et les bizutages qu’il subit, comme tout mousse de cette époque. Il navigue comme matelot pendant quelques années sur un navire de la Navy. Il connaît un ou deux officiers irascibles, mais qui ne parviennent pas à le dégoûter du métier. Il grimpe les échelons jusqu’à devenir second maître. Mais il tombe un jour sur un maître d’équipage particulièrement violent et tyrannique avec ses matelots. Jeremiah essaie d’abord de le raisonner, sans succès. Alors il en réfère à la hiérarchie, mais le bosco en question est intouchable. Il est puni pour avoir voulu faire bouger les lignes. A la fin de l’embarquement, son contrat n’est pas renouvelé, et il ne trouve plus de travail dans la Navy.
Il est embauché dans la marine marchande, sur un schooner qui fait du cabotage entre la Bretagne et l’Angleterre. Il enchaîne les embarquements et les bateaux, parfois matelot, parfois bosco. Il y voit tout ce qu’on peut voir sur un bateau, des pires injustices aux plus beaux moments de cohésion. Il rencontre des capitaines humains et généreux malgré leur position inconfortable, comme des tyrans sans cœur.

En 1705, effort de guerre aidant, il retrouve une place dans la Navy, mais en tant que matelot. il embarque sur une frégate qui escorte des navires transportant de l’huile d’olive entre Majorque et Plymouth. Il y reste trois ans, avant d’embarquer sur l’Anglesea.
Sept ans de métier sur l’Anglesea, trois capitaines. Mills est de loin le pire qu’il ait eu de toute sa carrière, mais en ces temps de paix, il aurait bien eu du mal à trouver du travail ailleurs. Alors il tient bon, serre les dents. Malgré sa lassitude, il n’a pas perdu l’amour du métier.

Le métier selon Jeremiah Burke :

Contrairement à d’autres, il ne pardonnera jamais ceux qui l’ont tourmenté quand il était jeune mousse. Il ne développera pas cette espèce de fascination morbide que les jeunes développent pour les anciens qui les harcèlent. Bien loin de lui l’idée d’en faire des mentors intouchables dont il faut s’inspirer. Il tient bon le temps qu’il faut, grâce à un ancien plus progressiste que les autres, qui lui apprendra le métier avec patience et bienveillance. Jeremiah attribue ses connaissances et ses compétences à cet homme et seulement lui, considérant que s’il est devenu bon marin, c’est en dépit du traitement des brutes insensibles qui ont essayé de lui apprendre par la force, et certainement pas grâce à eux.
Quand son mentor part à la retraite, il est matelot qualifié, et est en mesure de former les novices. De là, il n’aura de cesse de reproduire ce que son mentor lui a appris. Il transmet avec la même douceur, la même passion, et quand un de ses poulains butent sur quelque chose, c’est lui qui se remet en question, et non pas la légitimité de son apprenti.
Ses gabiers sont ses « jeunes », il les éduque, les réprimande et les protège comme un parent sévère mais aimant.
Il a une affection particulière pour Ruth, car il se sent responsable d’elle (il sait que sans lui, elle n’aurait pu apprendre le métier et s’intégrer sur l’Anglesea). Elle est son ouvrage, sa fierté, sa meilleure publicité.

C’est un puits de connaissance, et il est doté d’un caractère trempé et intransigeant envers ses égaux, ce qui le rend intouchable par ses collègues, qui ne comprennent pourtant pas toujours cette bienveillance envers les nouveaux.
Pour eux, la bienveillance et l’affection se gagnent. Elles se méritent. Ce n’est pas une condition sine qua non. On peut les comprendre, puisque c’est ce qu’on leur a appris, à grands renforts de coups de pied dans le derrière et de taloches sur le crâne. Pour Jeremiah, c’est l’inverse : il faut respecter l’intégrité des novices et leur accorder attention et confiance dès le départ, sans condition, pour espérer en faire de bons marins, capables de dispenser ces mêmes valeurs par la suite. Aux yeux de Jeremiah, ce sont le mépris et la violence qui se gagnent. Il est capable de détester et de violenter, mais seulement ceux qui l’ont mérité. Et souvent, les hommes qui parviennent à se faire détester de Jeremiah sont au moins ses égaux, souvent ses supérieurs.

Jeremiah Burke, avec ses yeux bleus auréolés de cernes sombres, ses traits tirés et son visage émacié, son teint cireux, ne respire pas la santé. Pourtant, hormis un mal de dos chronique, il a la même énergie et la même vivacité d’esprit et de corps que les jeunes. Son regard fatigué respire la bonté, et son sourire est généreux, malgré les dents qui lui manquent. Rares sont ceux qui sont insensibles à sa personnalité.

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